HISTOIRE DE LA CATHÉDRALE DE MALAGA
Après la conquête de la ville par les Rois Catholiques le 18 août 1487, on ordonna la consécration et bénédiction de l'ancienne mosquée musulmane afin qu'elle fusse dédiée à Sainte Marie de l'Incarnation.
La mosquée était un édifice composée de cinq nefs et cent treize colonnes, richement décoré avec une belle cour et un jardin d'orangers entouré de galeries sur trois de ses côtés. Étant donné que le bâtiment s'avérait insuffisant pour le culte chrétien, on décida de bâtir un temple de nouvelle construction sur l'ancienne mosquée, qui serait détruite.
En 1488, le Cardinal Mendoza, moyennant une bulle promulguée par le Pape Innocent VII, procéda à l'érection de la cathédrale de Malaga. Cette même année, M. Pedro Díaz de Toledo, premier évêque de Malaga, publia les statuts de l'église (ce même évêque avait ordonné l'ouverture de la Porte du Pardon, mais cela n'aurait pas lieu avant l'arrivée de l'évêque M. César Riario, selon semblent l'indiquer les écussons qui apparaissent gravés dessus).
Les travaux commenceraient en 1518 -en style gothique des Rois Catholiques-, mais pour des raisons économiques ils furent interrompus en 1525 ; pendant cette période on établit le plan du bâtiment et on ouvrit la Porte du Sanctuaire.
L'étape suivante fut la continuation du projet selon la conception du prestigieux Maître Diego de Siloé et la direction d'Enrique Egas, directeur du chantier de la Cathédrale de Tolède. Ce fut le moment des fondations de la carole, la construction des piliers absidiaux et les murs de clôture des chapelles.
En 1549, l'édifice perdit le Maître Principal, raison pour laquelle on décida de convoquer un concours pour couvrir le poste vacant. Le gagnant fut Diego de Vergara qui adopta en même temps des solutions d'Andrés de Vandelvira. Ce nouvel architecte acheva les chapelles de la carole et réalisa la croisée du transept. Son fils se chargea de fermer les croisées, de construire les gradins et l'autel majeur.
Vers 1588 on décida de fermer à l'aide d'une cloison la zone déjà construite afin de permettre le culte. Ce n'est qu'au XVIIe siècle qu'on procéda à continuer les travaux du ch'ur et à réaliser les portails de la croisée. A ce moment, on craignit un éventuel effondrement de l'édifice, c'est pourquoi José de Bada Navajas accéléra le chantier. Afin de financer ces travaux, on fit appel à une imposition fiscale directe consistant au recouvrement d'un real de billon pour une arrobe de vin, raisins secs et huile embarquée au port de la ville.
En 1764 on abattit le mur qui séparait la nouvelle construction de l'ancienne, ce qui s'avéra extrêmement délicat et ce qui requit un grand soin afin d'éviter d'éventuels dégâts aux stalles déjà construites. En 1782, le pouvoir autorisant le recouvrement des impôts pour ce chantier cessa et du coup l'édifice resta tel qu'il apparaît de nos jours. C'est pour cette raison que la Cathédrale de Malaga est connue sous le nom de La Manquita, puisque l'on peut se rendre compte en regardant la tour droite de la façade qu'elle ne monte que jusqu'à un certain niveau et qu'elle ne fut jamais achevée.
CATHÉDRALE DE MALAGA. L'ÉDIFICE
Le bâtiment présente une architecture absolument éclectique ce qui est dû au fait que les différents travaux s'étendirent, pour différentes raisons, sur plus de trois siècles. Ainsi, tandis que la façade principale a un style baroque sur le tard, le plan de l'édifice possède des caractéristiques typiquement gothiques et, en même temps, le tracé manifeste une inspiration complètement renaissance. Nous pouvons ainsi dire que la Cathédrale, compte tenu des caractéristiques de son plan, est comprise parmi les structures de style gothique et les nouvelles idées de la renaissance.
l.- Autel Majeur
2.- Ch'ur
3.- Chapelle de Saint Sébastien
4.- Porte d'accès au Sanctuaire
5.- Chapelle de Saint Rafaël
6.- Chapelle de Saint Joseph
7.- Croisée nord
8.- Chapelle de San Julien
9.- Sacristie majeure
10.- Chapelle du Christ du Bon Secours
11.- Chapelle de la Vierge du Pilar
12.- Chapelle de l'Incarnation
13.- Chapelle de Sainte Barbara
14.- Chapelle de San François d'Assise
15.- Chapelle de la Vierge des Rois
16.- Croisée sud
17.- Chapelle de la Conception
18.- Chapelle de la Vierge du Rosaire
19.- Chapelle du Sacré Coeur
20.- Chapelle des Morts
21.- Salle Capitulaire
22.- Trésor ou salle des ornements
En ce qui concerne son contenu conceptuel, le discours s'articule autour de la carole et de la Chapelle Majeure (1). Pour sa forme (en demi-cercle) et son programme iconographique, elle marque l'axe d'un circuit qui se résout pour exprimer l'idée de Triomphe de l'Église à travers le Cycle de la Rédemption, qui commence avec le Mystère de l'Incarnation (sous l'invocation de laquelle est consacrée la cathédrale) et conclue, par le Sacrifice de la Messe, avec l'exaltation de l'Eucharistie.
Cet axe essentiel se forme par l'alignement de la chapelle centrale de la carole dédiée à l'Incarnation ainsi qu'au sanctuaire de la Cathédrale, représentant le début et la fin du cycle, et de la Chapelle Majeure.
L'axe s'étend sur le demi-cercle de la carole et la centralité spatiale de la Chapelle Majeure qui, à travers son programme iconographique (exposé dans les peintures de César Arbassia, sculptures, tabernacle primitif et le doré qui met en relief les éléments structuraux), ratifie l'idée du cosmique et l'universalité de l'Église moyennant le sacrifice suprême de Jésus-christ. On insiste sur l'idée du triomphe en disposant une triple arcature comme accès à la carole, qui agit comme un arc de triomphe de tradition classique et sémantise l'espace vers l'idée de glorification.
À l'intérieur du temple, il faut souligner les stalles du Ch'ur (2). Classée au XVIIIe siècle par Palomino comme la Huitième Merveille du monde, elle se trouve dans la nef centrale à partir celle de la croisée.
D'une grande qualité artistique et 'uvre cardinale de l'art espagnole de l'époque, ces travaux furent réalisés par Luis Ortiz de Vargas (architecture ligneuse), José Micael Alfaro (Apostolat et Vierge) et Pedro de Mena (sculptures des stalles hautes). Les images réalisées par ceux-ci, spécialement celle de Mena, nous offrent toute la spiritualité et le mysticisme du Baroque espagnol.
L''uvre du ch'ur est complétée par la superposition à la structure architecturale d'orgues construits entre 1773 et 1781 par le maître Julián de la Orden. Les boîtes architecturales ont été décorées par José Martín de Aldehuela et les sculptures ont été élaborées par Juan de Salazar, au XVIIIe siècle.
Tout l'espace de la Cathédrale est gouverné par la distribution d'un cycle de vitraux, situées dans le cadre architectural depuis la fin du XIXe siècle jusqu'aux années 60 de ce siècle par les Maisons Mayer et Maumejean, le cycle de la Rédemption du Christ étant son programme iconographique général.
Non seulement nous avons affaire à une grande qualité architecturale mais aussi l'intérieur de la Cathédrale conserve un patrimoine artistique très intéressant, qui se trouve partagé entre les dix-sept chapelles existantes à l'intérieur.
Parmi ses oeuvres, nous pouvons souligner les grands maîtres du Baroque Alonso Cano (Vierge du Rosaire- chapelle du Rosaire), Pedro de Mena (Choeur) ou Claudio Coello (Immaculée- chapelle de la Conception (17) ainsi que d'autres moins importants du XVIe au XVIIIe siècles, tels que Cesar Arbassia (Triptyque de l'Annonciation- chapelle de Saint Joseph) Jacobo Palma (Autel de Saint Sébastien 'croisée nord), Giulano della Porta (sépulcre de l'évêque Luis de Torres- chapelle de Saint François), Cristóbal García Salmerón (Apparition de la Vierge à Saint Julien- chapelle de Saint Julien) et Antonio del Castillo (Calvaire- chapelle du Bom Secours).
Sa singularité se base aussi sur le fait d'être une des meilleures collections d'art sacré d'artistes locaux, spécialement de l'Âge Moderne, ses principaux interprètes étant représentés : Miguel Manrique (Banquet du Pharisien- chapelle de Saint Julien), Juan Niño de Guevara (autels latéraux des chapelles du Bon Secours et Sainte Barbara), Diego de la Cerda (autels latéraux de la chapelle du Pilar), Fernando Ortíz (Douloureuse- chapelle de Saint Sébastien, Saint Joseph- chapelle de Saint Joseph, Saint Blas- chapelle du Rosaire) et Jerónimo Gómez de Hermosilla (Saint Sébastien- chapelle de Saint Sébastien, Saint Louis l'Évêque- chapelle du Rosaire).
En faisant un parcours à l'intérieur nous pouvons signaler également les 'uvres suivantes : Le Christ du Pardon (3) (chapelle de Saint Sébastien), l'un des rares Crucifiés conservés provenant de l'atelier de l'éminent sculpteur de Grenada Pedro de Mena (1628-1688), où à travers le modelage de la tête il transmet toute la transcendance du Martyre du Calvaire. Christ du Bon Secours (10) (chapelle du Bon Secours) 'uvre d'Antonio Gómez (premier tiers du XVIIe siècle) qui nous permet d'apprécier la forte influence de Pablo de Rojas et de la sculpture de Grenade.
Chapelle de l'Incarnation (12). À l'origine elle était décorée avec un retable de style protorenaissance réalisé par Pedro de Meras, actuellement disparu et le triptyque de L'Annonciation de César Arbassia. Au XVIIIe siècle elle fut redécorée sous la direction de l'évêque Molina Lario (1776-1783), qui ordonna la conception à Ventura Rodríguez, et qui fut exécuté par Antonio Ramos (1703-1782) et José Martín de Aldehuela (1719-1802). Les sculptures du groupe de l'Incarnation et celle des saints patrons de Malaga, Saint Cyriaque et Sainte Paule, furent réalisés par Juan Salazar Palomino (XVIIIe siècle).
L'espace fut complété avec les mausolées de l'évêque Molina Lario y l'évêque Frère Bernardo Manrique, le premier étant l''uvre de Juan de Salazar, et le deuxième, attribué au sculpteur Gregorio Vigarny (XVIe siècle), pièce datée en 1565 et qui est la seule conservée de l'ancien retable.
La réalisation du Retable de Sainte Barbara (13), (chapelle de Sainte Barbara), fut ordonnée en 1524 au sculpteur Nicolás Tiller et au peintre Francisco Ledesma pour la Vieille Cathédrale. Lors d'une intervention postérieure on y rajouta la peinture sur bois représentant la Messe de Saint Grégoire, traditionnellement attribuée au peintre Fernando de Coca et considérée comme une partie du retable de Saint Grégoire de l'ancienne mosquée-cathédrale Vierge des Rois (15), (chapelle de la Vierge des Rois), image offerte à la ville par les Rois Catholiques une fois occupée par les armées castillanes. Il s'agit d'une sculpture avec des connotations renaissance de la fin du XVe siècle qui a souffert d'importants changements par la suite, essentiellement pendant le XVIe siècle modifiant l'empreinte du style initial.
Statues orantes des Rois Catholiques (chapelle de la Vierge des Rois), taillées, à côté du retable original de la Vierge, par Pedro de Mena. La décapitation de Saint Paul (chapelle de la Vierge des Rois), tableau réalisé par Enrique Simonet pendant sa pension à Rome en 1887. Retable de Saint Pelayo (19), (chapelle du Sacré C'ur), du XVIe siècle. Il possède douze peintures sur bois d'un grande qualité, dont le programme iconographique est basé sur le martyre de Saint Pelayo, attribuées au 'Maître de Beceril'.
Le Crucifié (20) (chapelle des Morts), est la taille d'Alonso de Mena, père de Pedro de Mena et représentatif du modèle de Crucifié diffusé par le centre de Grenade. La Douloureuse (chapelle des Morts), de Pedro de Mena, répète le modèle où cet auteur atteignit une grande maîtrise, sachant exprimer la douleur contenue de la Vierge devant la mort de son Fils en exprimant en même temps la déchirure et l'acceptation du Martyre pour la salvation des hommes. Dans cette chapelle-mausolée reposent les restes de malagènes assassinés pendant la guerre civile de 1936.
Source :
Francisco García Mota-Alberto Huertas Mamely-Teresa Sauret Guerrero